Résumé exécutif
Le changement climatique représente une menace importante pour le développement, la croissance économique et le bien-être humain. Face à ce défi mondial, les dirigeants internationaux ont négocié l'Accord de Paris en 2015 et l'ont signé en 2016, faisant de ce traité international une mesure d'atténuation, d'adaptation et de financement. L'une des exigences fondamentales de ce traité est la Contribution déterminée au niveau national (CDN), qui définit les engagements de chaque pays en matière d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. Depuis l'adoption de l'Accord de Paris, les 15 pays d'Afrique de l'Ouest ont tous soumis leurs CDN et leurs versions actualisées. Ces pays sont confrontés à des défis similaires, mais disposent également de ressources comparables. Par conséquent, la compréhension de leurs engagements collectifs en matière d'atténuation et d'adaptation au changement climatique est essentielle pour un apprentissage mutuel et permettra de rehausser les ambitions nationales lors de la prochaine révision des CDN, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique aux niveaux national, régional et mondial. Le Pôle régional Afrique de l'Ouest de l'Independent Global Stocktake (iGST WA Hub) vise à rassembler la communauté indépendante (c'est-à-dire non étatique), notamment les chercheurs, afin d'apporter un soutien complémentaire aux gouvernements de la région et de renforcer leur contribution à la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris. À cette fin, l'iGST WA Hub a mis en place le Programme de jeunes boursiers, qui prévoit de réaliser une évaluation régionale des CDN des pays au regard des conclusions de la première évaluation mondiale : le premier Bilan mondial (GST).
Ce rapport présente une analyse exhaustive des CDN des pays d'Afrique de l'Ouest, fondée sur leurs engagements sectoriels et le rôle des acteurs non étatiques (organisations de la société civile [OSC]) dans leur élaboration et leur mise en œuvre. Il évalue également la cohérence des CDN de ces pays avec les résultats du premier Sommet mondial sur le changement climatique (SMC). Plus précisément, le rapport analyse les données issues des CDN de 15 pays d'Afrique de l'Ouest. Les données manquantes ont été comblées à l'aide de documents connexes tels que les plans nationaux d'adaptation (PNA). Il s'appuie également sur des données primaires recueillies lors d'enquêtes et d'entretiens avec des représentants gouvernementaux jouant un rôle clé dans l'élaboration et la mise en œuvre des CDN, ainsi qu'avec 164 OSC ouest-africaines, membres du Hub iGST WA et actives dans le domaine de la lutte contre le changement climatique. Les analyses sont guidées par trois objectifs spécifiques : (1) évaluer les engagements sectoriels en matière d'atténuation du changement climatique et d'adaptation, (2) évaluer le rôle des OSC dans le soutien aux actions climatiques, et (3) comparer les ambitions actuelles découlant des CDN avec les résultats du premier SMC. Les analyses révèlent que les pays d'Afrique de l'Ouest ont déployé des efforts considérables pour renforcer leurs ambitions climatiques, avec de nombreux objectifs révisés reflétant des buts plus ambitieux et un potentiel d'impact régional significatif. Cependant, plusieurs questions demeurent en suspens, notamment les suivantes. Les pays d'Afrique de l'Ouest ont pris d'importants engagements inconditionnels, ce qui constitue un progrès notable. Toutefois, ces engagements sont insuffisants pour relever les défis climatiques croissants, car ils ne représentent qu'environ 28,01 Tbp et 33,01 Tbp des ressources totales nécessaires à l'adaptation et à l'atténuation, respectivement. Avec un engagement conditionnel d'environ 701 Tbp en faveur de l'adaptation au changement climatique et de son atténuation, la région a clairement exprimé sa volonté de consacrer un tiers de ses ressources nationales, tout en comptant sur des financements extérieurs pour combler le déficit. L'insuffisance des flux de financement climatique constitue un obstacle au respect des engagements conditionnels. Malgré l'augmentation du financement international pour la climat, les flux financiers actuels vers la région sont insuffisants pour permettre aux pays de respecter leurs engagements conditionnels face aux défis climatiques critiques. Selon la Climate Policy Initiative, les besoins annuels de financement climatique de l'Afrique de l'Ouest sont estimés à 35,2 milliards de dollars (1 TP4T) d'ici à 2030. Or, les flux financiers effectifs n'ont atteint que 7,1 milliards de dollars (1 TP4T) en 2019/2020 (soit 20,741 TP3T) et 10,9 milliards de dollars (1 TP4T) en 2021/2022 (soit 30,971 TP3T). Il existe donc un écart important entre les besoins financiers exprimés dans les CDN et les flux de financement climatique effectivement reçus par la région. Les besoins en transfert de technologies sont considérables pour tous les pays et tous les secteurs, mais la faiblesse de l'environnement favorable constitue un frein. Parmi les obstacles à un transfert et à une adoption efficaces des technologies dans la région figurent les défis posés par les politiques nationales, les limitations des infrastructures et une gouvernance défaillante. De plus, les besoins en transfert de technologies déjà identifiés ne reçoivent pas suffisamment d'attention ni de priorité. Ces facteurs entravent l'adoption et le déploiement de technologies et d'innovations appropriées pour lutter contre les impacts du changement climatique. On observe également des variations dans le contenu, la structure et le format des CDN à travers la région. Les CDN de l'Afrique de l'Ouest présentent de fortes disparités en termes de contenu, de structure, de format et d'unités, de nombreux pays fournissant peu d'informations sur leurs engagements sectoriels. Par ailleurs, certains pays disposent de budgets détaillés pour l'adaptation et l'atténuation, catégorisés en financements inconditionnels et conditionnels, tandis que d'autres n'en disposent pas. La participation de la société civile est faible dans certains pays. Or, comme le reconnaît l'Accord de Paris, la société civile joue un rôle crucial dans l'action climatique, à des degrés divers selon les secteurs. Néanmoins, cette étude révèle qu'en Afrique de l'Ouest, la participation des OSC à l'élaboration des CDN a été jugée insuffisante dans certains pays, voire ignorée sans justification. À l'instar d'autres régions, les ambitions actuelles de l'Afrique de l'Ouest sont modestes par rapport à la première décision du GST. Bien que les décisions du GST soient de portée mondiale, leur harmonisation dans toutes les régions témoigne d'un progrès collectif vers la réalisation des objectifs à long terme de l'Accord de Paris. Cette étude révèle que les engagements des pays d'Afrique de l'Ouest dans leurs CDN restent faibles par rapport aux attentes exprimées lors de la première décision du GST, notamment en ce qui concerne l'ambition en matière d'atténuation et d'adaptation. Par exemple, la décision relative à la TPS met en lumière plusieurs attentes clés en matière de renforcement des mesures d'adaptation, telles que les inventaires nationaux des impacts climatiques au fil du temps, qui ne sont pas explicitement abordés par la plupart des pays dans leurs CDN.
Pour relever ces défis et renforcer l’action climatique dans la région, les recommandations concrètes suivantes sont proposées aux Parties ouest-africaines, aux OSC et à leurs partenaires internationaux : Recommandations pour les pays d’Afrique de l’Ouest : Renforcer l’ambition et la transparence des CDN. Les pays d’Afrique de l’Ouest devraient privilégier la normalisation et la transparence de leurs prochaines CDN en adoptant des modèles harmonisés qui définissent clairement les engagements en fonction des cibles, des scénarios de référence et des conditionnalités sectorielles, conformément aux directives de la CCNUCC. Cela permettra de renforcer la confiance entre les acteurs nationaux et internationaux et d’établir des mécanismes de responsabilisation plus robustes.
Renforcer les engagements inconditionnels. En réallouant les budgets nationaux et en encourageant les investissements intérieurs dans les secteurs vulnérables au changement climatique par le biais de politiques et d’instruments fiscaux, les pays d’Afrique de l’Ouest peuvent renforcer leurs engagements inconditionnels et potentiellement attirer un soutien extérieur accru pour leurs engagements conditionnels. Renforcer les capacités institutionnelles et techniques. Le renforcement des unités institutionnelles dédiées au climat, des instituts de recherche locaux et des systèmes de suivi, de notification et de vérification (SNV) améliorera la mise en œuvre des CDN et permettra une élaboration de politiques localisées et fondées sur des données, ancrées dans les réalités scientifiques et socio-économiques des pays d’Afrique de l’Ouest. Utiliser les résultats du GST, les dispositions de la Convention et l’Accord de Paris comme référence. Conformément aux dispositions de la CCNUCC et de l’Accord de Paris, les futures CDN de l’Afrique de l’Ouest devraient intégrer les enseignements du premier GST, notamment dans les domaines de l’adaptation, de l’atténuation et des moyens de mise en œuvre. Cela garantira l’alignement sur les objectifs climatiques mondiaux tout en tenant compte des contextes locaux et nationaux, permettant ainsi à la région de progresser vers un développement résilient au climat et à faibles émissions. Renforcer la collaboration entre les Parties et les acteurs non parties. Les parties ouest-africaines devraient établir des partenariats plus étroits, plus solides et institutionnalisés avec les OSC, fondés sur des objectifs climatiques communs. Cela pourrait impliquer leur participation à des organes consultatifs et la formalisation de leur rôle au sein des comités de pilotage des mécanismes d'élaboration et de mise en œuvre des CDN. Recommandations à l'intention des organisations de la société civile
Renforcer les capacités internes en matière de TPS et de politiques climatiques. Les OSC devraient investir dans le renforcement des capacités afin d'approfondir leur compréhension des mécanismes climatiques internationaux. Par ailleurs, l'élaboration d'outils et de ressources simplifiés peut contribuer à traduire des processus politiques complexes en récits pertinents au niveau local et qui trouvent un écho auprès des communautés. Renforcer la participation au processus de révision des CDN. Les OSC doivent dépasser le stade de la consultation marginale et s'engager dans le co-développement des CDN en fournissant des données probantes et des recommandations politiques fondées sur des éléments concrets, en veillant à représenter les priorités locales et communautaires, notamment celles des populations vulnérables. Suivre et rendre compte de la mise en œuvre au niveau local. En établissant des systèmes de MRV (Mesure, Notification et Vérification) communautaires, les OSC peuvent documenter des données indépendantes et mettre en lumière les innovations locales, ce qui alimentera les processus de rapportage et les futures révisions des CDN. Recommandations aux partenaires internationaux
Aligner le financement sur les engagements conditionnels. Les partenaires internationaux devraient privilégier le financement des engagements conditionnels clairement énoncés dans les CDN de l'Afrique de l'Ouest, notamment dans les secteurs à fort impact comme les énergies renouvelables, la restauration des terres et les systèmes d'alerte précoce. Les instruments financiers devraient être adaptés aux besoins spécifiques de chaque pays, en offrant un accès simplifié et un appui au renforcement des capacités pour l'élaboration des propositions.
Faciliter le transfert de technologies et l’innovation. Les partenaires internationaux devraient répondre aux besoins technologiques déjà identifiés des pays de la région en facilitant le développement et le transfert de technologies climatiques adaptées aux conditions écologiques, sociales et économiques de l’Afrique de l’Ouest, tout en soutenant la mise à l’échelle des technologies existantes pour stimuler la transformation numérique et le développement régional. Renforcer les initiatives de renforcement des capacités. Le renforcement des capacités devrait dépasser le cadre d’ateliers ponctuels et se concentrer sur un renforcement institutionnel global et durable pour une mise en œuvre efficace de l’Accord de Paris. Il devrait porter sur les lacunes en matière de capacités, la gouvernance et la coordination, l’évaluation et la modélisation techniques, ainsi que sur l’élaboration et la mise en œuvre de politiques stratégiques.
Faciliter l’élaboration de politiques tenant compte des enjeux de la TPS. Les partenaires internationaux doivent aider les pays d’Afrique de l’Ouest à traduire les enseignements de la première TPS en politiques et stratégies nationales concrètes qui mettent l’accent sur l’équité, l’ambition et la résilience climatique à long terme, tout en veillant à ce que leurs voix soient dûment représentées dans les négociations internationales.
La lutte contre le changement climatique en Afrique de l'Ouest exige des efforts coordonnés de la part des gouvernements, des partenaires internationaux et des organisations de la société civile. Un moyen efficace d'y parvenir consiste à renforcer et à mettre en œuvre progressivement les ambitions nationales par le biais des CDN, appuyées par une coopération internationale forte.


























